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Supercalifragilistic Expidelilicieux

« Ce mot est un vrai calvaire pour les palais chatouilleux,
Mais si vous le dites d’un trait vous devenez prodigieux

Supercalifragilisticexpidelilicieux… »
(Paroles françaises de René LUCADES 1964)

« La Magie existe, shérif, tout n’est qu’une question de perception »

Maxime Chattam, Le 5e règne.

Je n’avais jamais lu de livre d’Alejandro Palomas. Je souhaitais un roman court, léger, tendre. C’est véritablement la couverture très réussie, la mise page illustrée et ce si joli titre qui m’ont attirés pour le choix de cette semaine.

Lorsque ce matin là, son institutrice demande à Guille ce qu’il veut faire quand il sera grand, il répond qu’il veut être Mary Poppins. Pas faire le métier de Mary Poppins, non il veut « être » Mary Poppins, tout simplement. Et la curiosité que va susciter cette vocation après de Mlle Sonia, sa maîtresse, sera le point de départ de ce très joli roman choral.

Si « l’intrigue » se devine assez rapidement, la véritable face cachée de l’iceberg de ce livre seront la profondeur et la justesse des sentiments des personnages. Rayonnant autour d’un petit garçon aimable à l’infini, son entourage, rempli de bonnes fées et d’une petite princesse, m’aura transporté durant quelques heures dans un univers doux, nostalgique, réconfortant.

Ce livre, qui peut être conseillé aux plus jeunes ou aux plus âgés, comme Le Petit Prince ou Le Petit Nicolas, est un petit bonbon multicolore qui se déguste facilement et dont on va garder la saveur un peu sucrée, un peu acidulée longtemps après avoir refermé ses pages…

Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins, Alejandro Palomas
224 pages, Editions Le Cherche Midi, Collection Ailleurs Janvier 2020

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Nouvelles d’Ici et d’Ailleurs

« Good morning, Mother.

– INTERFACE 2037 READY FOR INQUIRY

– WHAT’S THE STORY MOTHER? »

Alien, 1978

On ne défait pas si facilement de ses conditionnements Pavloviens.

J’aperçois, « Nouveauté », « Thilliez », « Nouvelles », et il ne m’en faut pas plus pour programmer une lecture. Lire un résumé? Que nenni… La déception « Luca », dernière enquête d’un Sharko fatigué et d’une Lucie transparente au cœur d’une intrigue galvaudée? Oubliée… Et puis Thilliez ne m’a que rarement déçu dans son art de la nouvelle, alors je me lance, checke le nombre de pages de mon ebook (plus de 400? Ah oui quand même), puis les titres… Merde, les titres…Mais, mais, mais… Re-merde…Car effectivement, c’est un recueil reprenant des nouvelles éparses publiées depuis 10 ans. Moi et ma collectionnite aiguë, on repassera. Il ne me reste plus qu’à me concentrer sur la novella inédite qui ouvre cette dernière publication. Au moins, elle a le mérite d’être assez longue…

Mais cette fois encore, bien m’en a pris; car au final, cette nouvelle est plutôt bonne. Le suspense de ce huis-clos s’installe rapidement, et malgré un twist (semi)prévisible et une fin un peu trop rapide, la touche Thilliez nous embarque de la Terre à Mars, de Mars à la Terre, pour quelques heures de confinement psychologiques avec un narrateur convaincant et attachant.

« Melina: I can’t believe it, it’s like a dream. What’s wrong?
Douglas Quaid: I just had a terrible thought… what if this is a dream?
Melina: Well, then, kiss me quick before you wake up! »

TOTAL RECALL, 1990

Et finalement, emportée par cet entrain interstellaire, j’ai gaiement relu quelques autres nouvelles. Certes, les thèmes de fait sont disparates, mais le rythme est toujours présent! Petits plaisirs devant ces dystopies, comme un bon épisode de Black Mirror ou de la Quatrième Dimension (« Vous ouvrez cette porte avec la clef de votre imagination »), décidément, mes reflexes Pavloviens ne seront pas guéris…

Bonne lecture!

Au-delà de l’horizon et autres nouvelles, Franck Thilliez, Edition POCKET, janvier 2020

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Première semaine de découvertes

« Le papier, c’est pour écrire, le chat c’est pour le rat. Le fromage c’est pour griffer»

Eugène Ionesco, La Cantatrice Chauve

Pourquoi ai-je pensé à la cantatrice d’Eugène en ce début d’année? Aucune idée… Peut-être que les dialogues insolites des Smith et des Martin ressemblent aux échanges qu’on peut lire sur les réseaux, à la fois enflammés et hermétiques, et où certains thèmes reviennent comme un éternel recommencement. Polémique, polénique…

Justement, je lis rarement des essais polémiques dont l’écho résonne trop dans l’actualité. Surement un ego mal placé. Or, cette semaine j’ai fait une entorse à mes habitudes et me suis jetée dans la biographie de Vanessa Springora, Le Consentement.

A travers son livre, Vanessa Springora, V. pour ses démons, m’a fait découvrir tout l’état d’esprit malsain d’une époque à laquelle pourtant j’appartiens. Alors que nous avons presque le même âge, mon enfance préservée découvre avec stupéfaction, recul et dégoût le comportement d’une ère aveugle où une intelligentsia, sous couvert de son rayonnement médiatique sans contre-pouvoir, affichait ses perversions en les transcendant en oeuvres d’art.

Sur le livre en lui-même: Outre le thème, j’ai beaucoup aimé le style de l’auteur. Ses phrases sont choisies, intelligentes et simples à la fois, sans mièvrerie, pudiques et pourtant percutantes. La fluidité fait qu’on dévore ces 200 pages en quelques heures, et l’immersion telle qu’on va surement passer quelques semaines à y penser… Bref, c’est un vrai roman-bio-essai, ce qu’on veut, et surtout, Springora est une vraie écrivain (écrivaine, pour ceux qui préfèrent, perso, je m’en fous, je pense que le combat ne se joue pas sur un mot).

Sur le contexte: Difficile de passer à côté cette semaine. L’affaire est partout. J’ai personnellement lu d’abord le livre, puis les articles et vidéos relatives. Bien m’en a pris je pense, pour mieux cerner l’état d’esprit de cette époque, et n’en détester que plus son hypocrisie et la perversité de son/ses bourreau(x). La vidéo de l’extrait d’Apostrophe, les rires et la complaisance, m’ont achevé. J’en garde juste l’envie d’embrasser très fort Denise Bombardier, de la remercier pour cet éclair de clairvoyance dans cet obscurantisme dégueulasse. Inutile de citer les autres, la contre-publicité restant de la publicité. Et de toutes façons, les media s’en chargent suffisamment.

Et donc, pour finir: Une première découverte cette année. Une lecture que j’ai conseillée à tous mes proches, à mon mari, à mes parents, à mes enfants (ados que j’aime à croire préservés, quand internet leur ouvre désormais plus de clefs sur la perversité du monde). Une lecture qui mérite son battage, ce qui est assez rare pour être signalé.

Le Consentement, Vanessa Springora, 216 pages, paru le 2 janvier aux éditions Grasset

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